Fort comme une fille

Tu peux être fort comme une fille, mon fils

Cela fait plus de 3 ans que nous avons créé le blog Famille Epanouie. C’est notre petit bébé et on ne laisse jamais notre petit bébé à quiconque. Mais à 3 ans, il est assez grand pour s’ouvrir aux personnes de confiance. Après avoir reçu le mois dernier Elodie du Blog Ailes et Graines pour un article sur l’allaitement est-il un frein à la parole ?  Nous avons le plaisir d’avoir aujourd’hui Emmanuelle du blog Famille à l’Ouest.

Comme nous ne laissons pas notre bébé à n’importe qui, tu auras compris que c’est en toute confiance que nous le confions à Emmanuelle. Emmanuelle est la maman de Victor, oui c’est lui sur la photo. De dos, on pourrait croire que c’est Arthur 🙂 

Emmanuelle est animatrice pour une association de soutien à l’allaitement et journaliste pour un super magazine de parentalité. Elle a créé son blog avec son mari Gaël en début d’année 2017. Ils ont même démarré très fort avec un article lu plus de 15 000 fois: Le prix de la meilleure « maman Montessori ». Emmanuelle et Gaël sont des parents comme nous, et sûrement comme toi, ils sont passionnés par les dernières découvertes sur le cerveau et le développement naturel de l’enfant, le maternage et bien évidemment  la parentalité positive.

Voilà pour l’intro, on se retrouve à la fin de l’article pour vous donner notre avis et notre retour d’expérience sur le sujet épineux que va traiter Emmanuelle.

Amélie et Fabien

Tu peux être fort comme une fille, mon fils

J’ai déjà écrit sur des sujets clivants, qui dérangent parfois certains parents qui peuvent se sentir jugés silencieusement lorsque nos choix éducatifs ne sont pas les mêmes qu’eux : que ce soit en rapport avec l’allaitement, le cododo, le choix de rester à la maison ou pas, la DME, la pédagogie Montessori (…).
Parce que lorsqu’ils ne se sentent pas confortés dans leurs choix car ce ne sont pas les nôtres, ils se sentent indirectement critiqués, laissant les ressources externes (livres, blogs…), parasiter leurs vies.

La solution pour moi est de prendre ses décisions en conscience, en puisant aussi et surtout dans mes ressources internes, savoir ce qui est bon pour ma famille, pour ainsi ne jamais avoir l’impression que, lorsque l’autre parle de lui, il parle indirectement de nous. Mais personne n’est à l’abri. Pas même moi, Emmanuelle, maman de Victor, 3 ans et demi.

Un sujet auquel je n’avais vraiment pas pensé, qui ébranle beaucoup de certitudes et habitudes sociétales, remet en cause des a priori, provoque des réactions que je n’avais absolument pas anticipées, surtout en ayant donné naissance à un garçon, était l’impact du regard de la société sur ce que « devrait faire » et « devrait être un garçon », en clair l’impact du sexisme sur le développement de mon fils.

Vraiment, je m’étais penchée sur la question concernant les femmes, en lisant , entre autres, « La domination masculine » de Pierre Bourdieu ou encore, « Le deuxième sexe » de Simone de Beauvoir, qui avaient servi mes recherches lors de la rédaction de mon mémoire durant mes études de journalisme.

Le sujet de ce dernier traitait des stratégies que mettent en place les femmes journalistes afin de palier les inégalités de la profession dues à leur sexe et en étudiant l’importance des genres dans la répartitions des sujets en presse régionale. Mais penser que les hommes subissaient aussi le sexisme ne m’avait jamais traversé l’esprit !

Je ne suis ni sociologue, ni biologiste, ni philosophe mais si j’avais eu une fille, j’étais blindée !

En plus ça tombait bien, j’en suis une ! Elle aurait eu droit de jouer avec des petites voitures, ne jamais porter de robes si elle ne le voulait pas, de se couper les cheveux courts ou encore de préférer le bleu… On a beau dire, il est presque valorisé par la société, ce fameux « garçon manqué » qui semble annoncer une femme forte et indépendante. Bon, c’est sans compter ceux qui auraient peur que la petite fille en question devienne lesbienne comme si, en plus, c’était une tare… Par contre, en ayant eu un petit garçon j’ai nagé en plein inconnu !

Je n’ai pas voulu lui acheter des « chaussures de fille »

Pour ceux qui n’ont pas lu les articles de notre blog, nous avons fait en sorte que notre fils ait la liberté de se développer le plus naturellement possible et cela a été facilité par le fait qu’il grandisse dans un univers familial et bienveillant, entouré d’amis ouverts d’esprit, bref d’une tribu qui nous fait du bien.

C’est l’idée que j’avais jusqu’à ce que ce qu’on me rapporte qu’un soit disant ami annonçait fièrement que, s’il avait un garçon un jour, il ne ferait pas comme mon mari et moi qui laissions notre fils jouer avec une poussette et une poupée. Je me suis prise cette remarque en plein cœur.

Pourquoi ? Parce qu’on touchait à mon enfant et que je me suis sentie jugée en tant que parent. Pourquoi cela m’a-t-il ébranlé ? Parce que, visiblement, les choses ne devaient pas être claires dans mon esprit non plus.

Cela m’a ramené quelques années plus tôt lorsque je suis allée acheter à notre fils ses premières chaussures. Je me souviens que, bébé, il avait flashé sur des chaussures vernies noires du rayon « fille ».

Brillantes, elles étaient du point de vue d’un enfant certes bien plus attrayantes que le modèle classique et terne du rayon « garçon ». J’étais vraiment embêtée, j’ai appelé mon mari au téléphone et nous avons convenu de ne pas lui acheter. Cela m’a fait mal malgré tout. Mal d’avoir l’impression de le conditionner et de nier si jeune ses envies.

Le temps a passé et notre fils a pu continuer à grandir tranquillement entouré de parents qui ont fait attention le plus possible à le laisser libre d’être lui même, bien décidés à se laisser influencer le moins possible.

Je suis assez fière du soin qu’il met et de l’attention qu’il porte aux bébés et à leurs besoins. Les petits garçons sensibilisés tôt ne sont-ils pas généralement de meilleurs pères ?
Il adore les petites voitures et le bricolage mais aime aussi coudre. Il a eu longtemps les cheveux longs et on l’a souvent pris pour une fille dans la rue mais il se trouve beau avec les cheveux courts aussi maintenant.

C’est sa tête, il choisit quoi faire de ses cheveux. Il rougit comme une pivoine lorsqu’il trouve une petite fille jolie et a déjà une « amoureuse ».
Et quand il a peur de quelque chose, il trouve de quoi fabriquer une épée pour se défendre. Il adore les dinosaures et écouter des histoires de princesses et chevaliers.  Il adore partir « entre mecs », comme il dit, pratiquer une activité extérieure avec son père.

Mon fils n’est ni aveugle ni sourd, il est lui

Il trouve toujours aussi jolies les sandalettes à paillettes chaque été et chaque été je trouve une parade et je culpabilise en même temps. Je me sens complice de quelque chose de vraiment pas cool. Avec le temps, il insiste moins, il semble avoir intégré ces codes sociétaux, il se résigne.

Est-ce une bonne chose ? La société va t-elle évoluer si l’on continue de faire autant l’autruche avec ce clivage ? De quoi a t-on peur ? Pour les sandales en plastique destinées à grimper dans les rochers j’ai dit « oui » pour les roses ». Quand j’y réfléchis, je me dis que le pouvoir que l’on a sur nos enfants et leurs avenirs est franchement effrayant !

Hier, j’ai vraiment eu un déclic. Nous sommes allés dans un magasin d’une grande enseigne d’équipements sportifs, lui acheter une bombe pour l’équitation. Parmi les casques noirs, bleus, roses (…) Victor en a choisit un violet, avec un fermoir de couleur rose. Le vendeur, après avoir précisé, au cas où nous serions aveugles, la présence de cette dernière couleur, s’est exclamé finalement amusé « il est marrant ». « Il est marrant » devant Victor, 3 ans et demi qui arborait son plus grand sourire, tenant fermement son casque contre lui.

Le vendeur croyait peut-être qu’en plus d’aveugle, il était sourd. Je crois qu’on aurait pu tomber sur pire, que ce n’était pas méchant. Mais un petit garçon a vu son plaisir un peu terni par la drôle de réaction du monsieur qui se tenait devant lui et j’ai vu son sourire s’éteindre un instant. Heureusement, sorti du magasin, la joie de tenir un casque aussi beau est revenue ! J’aimerais bien savoir si le vendeur aurait autant pris de liberté si son client avait été un adulte mais ça c’est un autre sujet ! En rentrant son père s’est exclamé «  excellent elle est super belle cette bombe ! ».
Tout était réparé dans son petit cœur.

Alors non monsieur, mon fils n’est pas « marrant ». Il est lui. Il est un garçon et ça c’est très clair pour lui. Il  ne refoule pas ses goûts pour certaines choses que notre société destine aux filles c’est tout.

C’est drôle, hein, comme une petite fille déguisée en pirate fait rire tout le monde, voir provoque une pointe de fierté chez les parents mais un petit garçon se déguisant en princesse rend beaucoup de gens mal à l’aise ! Nous n’avons jamais vécu cette situation mais j’ai le souvenir, enfant, d’un de mes ami se faisant réprimander quand nous nous déguisions et qu’il arborait fièrement mon diadème.

Car en quoi avoir des points communs avec des femmes (d’ailleurs elles-mêmes souvent conditionnées par la société)  est-il aussi mal vu ? Pourquoi est-ce à ce point dévalorisant ? Pense-t-on encore au « sexe faible » ?

Des tas de tribus voient leurs hommes se parer de collier aux couleurs chatoyantes, de dessins sur le corps et cela n’en fait pas moins de grands guerriers. Les femmes ne sont pas en reste ! Ne peuvent-elles pas être des scientifiques géniales, des artistes incroyables, des athlètes de hauts niveaux, des femmes aux foyers et des mères qui travaillent au courage digne de vraies guerrières ?

Alors oui mon fils, la société attend de toi que tu sois « fort comme un homme » en empruntant le chemin qu’elle a tracé pour toi mais tu peux aussi être « fort comme une femme ». Et tu peux, surtout, être toi avant tout,  tout simplement.

A bientôt

Et surtout écoutez-vous !

Emmanuelle du blog Famille à l’Ouest

famille à l'ouest

C’est re-nous 🙂
On partage vraiment l’avis d’Emmanuelle car nous aussi, nous laissons bien évidemment Arthur (4 ans) jouer à la poupée (bon même si son truc, c’est plus les camions). Arthur adore aussi les activités minutieuses qui sont souvent réservées aux filles.

Dans notre société, les garçons sont trop souvent considérés comme des petits bulldozers qui jouent au foot dans la maison et qui sont difficiles à canaliser. Logiquement, ils ont tendance à se comporter comme nous les voyons.

Arthur a lui aussi ses tongs roses pour l’été. Il adore cette couleur et si on l’écoutait, il s’habillerait entièrement de cette couleur. Dès qu’un de ses vêtements a une petite touche de rose, il l’arbore fièrement.

Mais comme Gaël et Emmanuelle, nous limitons tout de même l’achat de vêtements considérés par notre société comme des vêtements de fille.

Pourquoi? N’est-ce pas incohérent avec les valeurs de parentalité positive que nous défendons?
Pour la simple raison que le regard des autres sera certainement plus difficile à supporter s’il est habillé tout en rose plutôt que d’être détourné avec bienveillance vers un pull bleu marine 🙂

Prends soin de toi et de tes enfants.

Amélie et Fabien

 

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Chaque semaine, je partage mes réflexions sur la parentalité positive, le maternage proximal ou encore la pédagogie Montessori.
Je partage également les activités pédagogiques que nous réalisons à la maison 🙂

About Fabien Blot

Dès la naissance d'Arthur en octobre 2012, j'ai passé beaucoup de temps à lire et à m'informer sur tout ce qui se rapproche à la parentalité. Le fruit de tout ce travail m'a amené à choisir des valeurs de maternage maximal, d'écoute, d'empathie éducative et de négociation. Je pense que pour bien accompagner ses enfants, il faut connaître et respecter les étapes de son développement naturel. Je pense que l'éducation peut se faire sans récompense et sans punition.

6 6 commentaires

  1. Merci pour ce très bel article dans lequel moi aussi je me reconnais, avec mon Victor, bientôt 3ans, que j’essaye d’élever sans préjugés et qui adoooore sa housse de couette rose avec des papillons 😉

  2. Pascale Allaire

    Quand mes enfants étaient petits, je leur demandais systématiquement s’ils avaient envie de subir les conséquences de leurs choix. Et je leur expliquais quelles pouvaient être (selon mon regard d’adulte) les conséquences auxquelles ils devraient faire face. Et je les laissais libres. Parfois, l’un des 2 revenait de la garderie en me disant « je veux plus mettre ces chaussures! ». S’entamait alors un dialogue sur ce qui s’était passé pour lui. Mais la plupart du temps, ils étaient fiers d’assumer leurs choix et ça ne leur posait aucun problème.
    En tant qu’adulte, il ne faut pas avoir peur du ridicule, il est nécessaire de dépasser les critiques des autres et savoir faire confiance à nos enfants.
    J’aurais des centaines d’initiatives de leur part à vous raconter…

  3. La réaction de cet « ami » est probablement lié aux restrictions, voir aux moqueries, qu’il a eu lorsque enfant il manifestait son attirance pour des jeux ou des couleurs connotés « fille ». Beaucoup de comportement et de réflexion des adultes viennent de là. Bref, ici aussi mes garçons ont joué à la poupée, ils ont eu une poussette, ils ont aimé le rose pendant un temps, et ils s’amusent encore maintenant avec mes petites pinces à cheveux rose…! 😉

  4. Premièrement je trouve ça complètement déplacé de la part du soit disant « ami » d’empêcher un petit garçon de jouer avec une poussette. ça serait comme empêcher un papa de promener son fils en poussette …
    Concernant le rose et les habits feminins c’est effectivement un autre problème. Je me rappelle quand la reine des neiges est sorti mon fils de 4 ans était fan il chantait libéré délivré en boucle si bien que quand je lui ai ressorti ma robe de fée bleue de quand j’étais petite il a été vraiment ravi de nous interpreter la chanson déguisé en reine des neiges. Il a chanté comme ça devant la famille et j’ai bien senti une gêne chez certaines personnes qui se sont bien gardé de faire des remarques. Moi j’étais fière de mon fils et de sa prestation. Cette année il est rentré en CP et sa mamie l’a emmené en courses pour choisir son cahier de texte. Il a choisi un cahier de texte rose avec un petit chaton. Ma mère ne savait pas trop quoi faire elle lui a acheté mais elle en a quand meme pris autre bleu en plus au cas ou. A la rentrée j’ai prévenu mon fils que les autres pouvaient se moquer de lui parce que son cahier de texte était rose et qu’il avait le choix de prendre celui ci ou le bleu. Il a choisi le rose et il l’a gardé toute l’année 🙂
    A ce sujet il y a un livre qui s’appelle « LE PETIT GARÇON QUI AIMAIT LE ROSE » qui est très bien je trouve.

  5. votre commentaire m’a fait penser à 2 anecdotes : lorsque notre fils avait 6-7 ans, il aimait porte les cheveux longs. Un jour, nous allions commander quelque chose à la terrasse d’un café, la serveuse s’est adressée à lui en disant « et pour la demoiselle, ce sera quoi ? « . Depuis ce moment, notre fils n’a plus voulu de cheveux longs.
    Je pense aussi à un ami, qui, voyant son fils de 3-4 ans jouer à la poupée, était très mal à l’aise, et exprimait son inquiétude, celle que son fils soit homosexuel. Attention au conditionnement…

  6. Un jour, nous avons proposé à nos enfants de choisir la polaire qu’ils voulaient. Le plus petit (2 ans à l’époque) a choisi une rose pétante, qu’il portait encore en petite section, sans jamais avoir eu la moindre remarque ou regard de travers de la part d’adulte.
    Mon fils aîné (grande section) voulait des chaussures faisant de la lumière. Dans le magasin, j’ai trouvé une paire bleue et j’ai réalisé en lui faisant essayer que c’était la reine des neiges, donc théoriquement plutôt fille (enfin bon, c’étaient des chaussures de sport). Mon fils les voulait, je l’ai prévenu et on est partis avec. Quelques camarades lui ont dit qu’il avait des chaussures de fille. Heureusement, sa maîtresse a pris sa défense, en disant que l’important, c’était qu’elles lui plaisent. J’étais heureuse qu’elle soit du même avis que moi sur ce qui est le plus important. Il les aimait beaucoup, ces chaussures. Du coup, il voulait voir la reine des neiges 😉

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