Compliment ou encourager son enfant

Faut-il complimenter ou encourager les enfants ?

Grandir. Votre enfant ne peut le faire seul. Sur la route vers l’autonomie qu’il emprunte, à bord de son véhicule « vie », il a besoin de votre aide pour acquérir et développer deux choses essentielles : l’estime de soi (s’aimer) et la confiance en soi (croire en ses capacités).

Ces 2 traits de caractère vont être le socle de sa motivation à apprendre et entreprendre (c’est-à-dire oser).

Pour cela, quel genre de soutien allez-vous lui apporter ? Vous hésitez entre complimenter et encourager ? Vous avez raison, car c’est un choix qui n’est pas à prendre à la légère tant les dernières études en neurosciences nous montrent son impact non négligeable sur la personnalité et l’avenir des enfants.

 

Complimenter

Une définition du Larousse

Adresser à quelqu’un des félicitations, des compliments ou des éloges pour telle ou telle raison.

À première vue, rien de plus normal. Si votre enfant accomplit ou réussit quelque chose, on aura tendance à le féliciter.

Mais de nombreux experts en éducation, dont la pédiatre Dr Catherine Gueguen, émettent des réserves sur sa valeur pédagogique.

D’où viendrait le problème ?

Les limites

« Tu as obtenu 9 /10 en mathématiques ? Que tu es intelligente ! » « Tu es trop forte ! » « Qu’est-ce que tu es douée ! »

Des compliments anodins qui ont alimenté, parsemé mon parcours scolaire, et qui ont eu un grand impact sur la façon de me construire, de me voir moi-même et de grandir.

J’ai 10 ans et j’aime les maths. Je les comprends bien et j’ai des facilités dans cette matière.

Je suis « naturellement intelligente », me fait-on remarquer. J’accumule pendant ma période scolaire de primaire les compliments ponctués par le sacro-saint « Une élève douée et intelligente ».

Je n’ai pas vraiment besoin de travailler, puisque « je suis douée ».

Et quelque part, je sens que si je travaille, je perds ce statut, ce don et par la même occasion l’admiration de mes parents et de la maîtresse. C’est fou, hein ?

C’est ça le souci avec les compliments : ils vous façonnent des traits de personnalité, mais ne valorisent pas ce que vous avez accompli.

En fait, le psychologue américain Haim Ginott (1922-1973) distingue deux sortes de compliments : les descriptifs et les évaluatifs.

Pour lui, les compliments évaluatifs sont parfaitement inutiles, car ils portent sur le physique, la personnalité et le caractère.

Au contraire, faire des compliments descriptifs est plus constructif : ils s’intéressent à ce que l’adulte dit à l’enfant et ce que l’enfant se dit à lui-même.

Par exemple, si vous dites à votre enfant : « Super ! Je vois que tu as bien appris ta leçon et fait tous les exercices. Continue, c’est comme ça que tu vas y arriver ! », vous allez installer chez lui une meilleure motivation à continuer, à progresser que si vous lui avez dit « Bravo ! Tu es super intelligente ».

De plus, à long terme, les compliments évaluatifs peuvent créer certains blocages.

 

Les blocages

À partir des nombreuses observations et travaux des expertes en éducation Catherine Gueguen et Carol Dweck, on a répertorié 3 blocages principaux engendrés par l’usage des compliments évaluatifs.

  • Devenir dépendant de l’avis d’autrui
  • Devenir trop sensible à la critique
  • Développer un esprit fixe versus un esprit de croissance.

Devenir dépendant de l’avis d’autrui

Les compliments peuvent perturber les relations adultes enfants si ces derniers ont le sentiment que l’affection de leurs parents est basée sur leurs bonnes notes à l’école C’est ce que Docteur Catherine Gueguen nomme « une soif inextinguible de reconnaissance ».

Développer un esprit fixe versus un esprit de croissance

Les compliments peuvent devenir anxiogènes, car réussir à l’école, c’est avant tout avoir de bonnes notes. Comment obtient-on les meilleurs résultats ? En faisant le moins d’erreurs possibles. Par conséquent, on a un enfant qui prend l’habitude d’éviter de se tromper, d’éviter de commettre des erreurs, et finalement de prendre des risques. D’après Carole Dweck, la course à la bonne note est hélas un terrain fertile pour développer un esprit fixe. Quelqu’un qui élude les défis, qui n’aime pas le risque, qui vit sur ses acquis. Ainsi, il sera enclin à ignorer la valeur du travail, à abandonner aux premières difficultés et comme il ne se voit pas travailler pour devenir meilleur, il va voir d’un mauvais œil le succès des autres.

Prenons l’exemple suivant : Il se dit « je suis naturellement intelligent dans cette matière donc je n’ai pas besoin de travailler ». Aux premiers obstacles, il en conclura « si je ne suis pas assez bon dans une matière, donc je ne suis pas doué et je ne peux rien y faire. »

Au contraire, une personne avec un esprit de développement ou de croissance, considère que l’effort et le travail mènent au succès. La réussite des autres l’inspire, les épreuves sont des moyens d’apprendre. Son mantra est « je peux toujours m’améliorer malgré les difficultés ».

Devenir trop sensible à la critique

En développant un esprit fixe, l’élève devient hermétique à la critique. Car critiquer revient à mettre en cause leur talent ou leur intelligence naturelle qui selon eux est immuable et inflexible. Ils ont tendance à réagir avec arrogance et mépris pour masquer leur manque de confiance en eux.

 

Vers de meilleures pratiques

Préférez donc « je vois que tu as bien travaillé ce trimestre » à « élève douée et intelligente ».

Pourquoi ?

Car les neurosciences l’ont montré à travers les études de Haim Ginott : à long terme, les compliments peuvent nuire au développement de l’enfant. D’ailleurs, le docteur Catherine Gueguen appuie cette idée en préconisant qu’il faut « féliciter l’enfant pour ses efforts, ses actes et non pour ses qualités ».

En outre, les recherches menées à Stanford par Lisa Blackwell et Carol Dweck en 2007 ont démontré que les élèves convaincus par leurs éducateurs que leur intelligence étaient malléables ont amélioré leurs résultats scolaires.

En effet, être convaincu par les autres qu’on peut accomplir quelque chose, c’est être encouragé.

 

Encourager

Une définition du Larousse

Donner du courage à quelqu’un, le réconforter où l’inciter à persévérer, à faire mieux ; stimuler.

Les raisons : pourquoi faut-il mieux encourager ?

Le chemin de l’apprentissage vers l’autonomie est semé d’obstacles. Malgré ses efforts, votre enfant va rencontrer des échecs donc il lui faudra se relever. C’est donc du courage dont il aura le plus besoin pour continuer à avancer. Et pour se développer et progresser, s’améliorer, il aura besoin de compliments descriptifs et d’encouragements.

La confiance en soi et la motivation

Une confiance intrinsèque ou interne doit être l’objectif à développer chez l’enfant. Il apprend à être conscient de ses forces, de ses faiblesses, il ose essayer, échouer et se relever de ses échecs.

Dans ce parcours de la vie, ce sont le regard bienveillant et empathique (voir notre article sur la gestion des émotions pour apprendre) ainsi que le soutien des adultes qui vont lui permettre d’acquérir peu à peu cette connaissance de lui-même et cette envie intérieure de progresser.

Car la confiance en soi n’est pas innée. Nous naissons tous nus, ignorants et effrayés. La confiance en soi est un processus, quelque chose qui se construit jour après jour, expérience après expérience.

On peut le décrire en un cercle vertueux en 4 étapes :

Cercle vertueux motivation confiance

 

  • Action – l’important est d’agir, maintenant. On se donne 3 petites min d’engagement qui vont avoir l’effet bénéfique d’activer la machine à entreprendre.
  • Indulgence envers soi – on ne sera pas parfait au premier coup, ni au 2e ni même au 10e. Patience. Les premiers pas sont imparfaits et c’est tout à fait normal. Rappelez-vous que « les erreurs sont la sueur de la réussite ».
  • Pas à pas – Vous avez mordu dans ce délicieux gâteau au chocolat et en moins de 2 vous en avez englouti la moitié ! C’est pareil pour le succès : vous aurez au préalable découpé votre projet en plusieurs petites bouchées ou étapes. Chaque petite étape accomplie va apporter à votre enfant ce délicieux goût de la réussite, la preuve qu’il progresse et ce succès va le motiver à continuer.
  • Motivation | Confiance en soi – plus il va être motivé, plus il va chercher à agir à nouveau. Car quand on encourage les efforts, on développe la motivation et on prend confiance. On n’a qu’une envie, recommencer et passer à nouveau à l’action !

 

Pour récapituler

Auteure : Line NANA

Site web : www.la-baguette-math-et-magique.com

Sources

https://srcd.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1467-8624.2007.00995.x

« Heureux d’apprendre à l’école » – Dr Catherine Gueguen (Robert Laffont, 2018).

« Osez réussir ! : Changez d’état d’esprit » – Carol Dweck (Editions Mardaga, 2017)

« Between Parent and Child: Revised and Updated» – Dr Haim G. Ginott (Three Rivers Press, 2003)

 

About Amelie Blot

Je me rappelle étant petite que je disais à ma maman : "quand je serai grande je ne punirai pas mes enfants !". Les années ont passé, je suis devenue maman et ce principe qui "était" en moi est plus fort que jamais. Je me forme au quotidien, à travers mes lectures enrichissantes et auprès de mon petit Arthur, à une méthode d'éducation respectueuse et bienveillante. J'espère pouvoir vous transmettre le goût de vivre la fabuleuse aventure de la parentalité tout en préservant l'épanouissement familiale si nécessaire au bonheur.

2 2 commentaires

  1. Article hyper intéressant.
    Merci pour toutes ces informations.

  2. C’est très intéressant, merci beaucoup pour cet article ! Je suis ravi de pouvoir mettre des mots sur la différence qu’il y a entre les commentaires descriptifs et évaluatifs. Et c’est top de citer les auteurs à chaque fois. Merci encore !

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